
Les leçons du passé
Généalogie
Ma mère me parlait beaucoup de sa famille et il y avait beaucoup de substance.
J'ai donc entrepris la tâche colossale de recenser d'abord mes ancêtres proches, puis petit à petit un peu plus lointains.
C'est une aventure passionnante parce que l'on découvre comment tous ces gens, si semblables à nous, ont fait face à l'adversité.
Mon ascendance n'est pas prestigieuse.
On n'y trouve que des gens simples : paysans, meuniers, forgerons, quelques artisans ...
Les grands fléaux auxquels ils ont dû faire face sont ceux de tout le monde : la misère, les épidémies, les guerres.
Mais quand on entre dans le détail, on est horrifié. Ces trois fléaux se combinaient, touchant autant les femmes que les hommes.

La misère
Les problèmes climatiques, le manque de main-d'oeuvre, ou de matériel, les taxes, les successions injustes, les épidémies ou les épizooties ... provoquaient des disettes sévères. Dans ma famille maternelle beaucoup de jeunes filles ont dû se placer comme bonnes à tout faire (ma mère inclue) pour que le groupe puisse survivre. C'est ainsi que plusieurs ont été abusées par des patrons peu scrupuleux.
Les épidémies
J'en ai rencontré trois principales. La peste, au début du XVIIème siècle dans le pays rennais, la grippe espagnole en Anjou au début du XXème, et la tuberculose au XXème.
La tuberculose a failli m'empêcher de venir au monde.
Si mon père n'avait pas été bien soigné, si on ne lui avait pas enlevé un rein, je ne serais pas de ce monde.
Les conflits armés
Je suis concernée principalement par les guerres de Vendée (1793-1794), la guerre des tranchées (1914-1918) et la guerre nazi (1939- 1945).
Elles ont été épouvantables.
La Prudence
Tous ces malheurs avaient prédisposé mes grands-parents et mes parents à une grande qualité que l'on appelle la prudence.
Le concept de prudence nous vient de l'antiquité gréco-romaine mais il n'est pas nécessaire d'avoir étudié les textes pour en faire preuve.
Chez Aristote, la prudence est une vertu intellectuelle : c'est la disposition qui permet de délibérer sur ce qu'il convient de faire, en fonction de ce qui est jugé bon ou mauvais.
Chez Epicure : Le bien le plus grand consistant en la sérénité, seule la connaissance peut débarrasser l'humain de la peur. D'autre part la prudence peut purifier l'homme des besoins superflus qui le privent d'accéder au bonheur. La prudence commande l'autarcie, soit le fait de réduire ses dépendances à l'égard du monde.
La figure allégorique de la Prudence
Dans la cathédrale de Nantes on trouve le tombeau de François II de Bretagne mort en 1488. Aux quatre coins du tombeau ont été placées quatre statues représentant les quatre vertus cardinales dont celle de la Prudence.


Derrière le visage de la jeune femme on trouve un visage de vieillard pour montrer qu'être prudent réclame de l'expérience et une certaine connaissance du passé.
Le miroir est utile pour regarder derrière tout en avançant vers l'avenir et aussi pour se regarder soi-même pour voir ses défauts et se corriger.
Le compas est utile pour prendre la juste mesure des choses.
Le serpent signifie : "Soyez prudent comme des serpents" (Evangile de Mathieu (10,16) )
Mes sources : ValerieMangin.com
Appel au secours
Dans l'urgence d'un conflit, d'une famine, d'une épidémie ou autre, les hommes et les femmes de toutes les époques ont parfois lancé des S.O.S.
La prière est parfois un S.O.S., qu'elle s'adresse à Dieu ou à un humain.
Je tire mon premier exemple de l'oeuvre de Virgile : voici un extrait de la première bucolique, traduction de Paul Valéry. Tityre est allé prier l'empereur Auguste, avec succès, de ne pas l'exproprier. Voici la chanson "Sous le hêtre" :

Deuxième exemple : Georges, le fondeur de cloches. Georges est un de mes aïeux. Il vivait au début du XVIIème siècle dans un village des environs de Rennes. Il était Maître chaufournier (four à chaux). Suite à une épidémie de peste, il a été amené à fabriquer une cloche avec l'aide de tous les villageois et l'argent d'une famille noble. Le but était de faire entendre leur prière.
La chanson "La cloche sainte":

La morale de l'histoire
Mes ancêtres proches se sont efforcés d'être prudents.
Ce qui ne les a pas empêchés de subir de plein fouet les turbulences de leur époque.
Le plus terrible a été le sentiment de ne rien contrôler. Ainsi les pacifistes ont eu beau faire et beau dire, ils n'avaient aucune chance de l'emporter.
Nous ne sommes pas des citoyens, nous ne l'avons jamais été.
Nous ne sommes pas des hommes libres, nous sommes les esclaves d'un petit groupe au pouvoir. Parfois les hommes de Robespierre, parfois ceux de Hitler.
Voici un extrait du livre "Dans les prisons d'Angers sous la Terreur" de Jean- François Couet 2021 :
Exclu de la société, le brigand de Vendée, n'est plus un citoyen. Il n'est plus qu'un contre-révolutionnaire qui a décidé de défier la République et d'affronter les Bleus envoyés par Paris. Il doit être banni de la société, comme le suggérait déjà Jean-Jacques Rousseau avant la Révolution :
"Tout malfaiteur attaquant le droit social devient par ses forfaits rebelle et traître à la patrie. Il cesse d'en être un membre en violant ses lois, et même, il lui fait la guerre. Alors la conservation de l'Etat est incompatible avec la sienne, il n'est plus membre de l'Etat, (...) il doit être retranché par l'exil (...) ou par la mort comme ennemi public."
Citation de Jean de Viguerie 1994
Les fusillades d'Avrillé
En 1794, pour vider les prisons angevines, et parce que la guillotine n'était pas assez efficace, on décida de fusiller.
Il fallait montrer au peuple ce qu'il en coûte de désobéir à la République.
C'est pourquoi les fusillades se déroulaient toutes de jour et étaient accompagnées d'une mise en scène grandiose.
En tête du cortège marchaient, au son de la musique militaire, les "tapes durs", fusil à l'épaule, baïonnette au canon et bonnet phrygien sur la tête. Puis venait, juché sur son cheval, le commandant de la place, suivi des membres empanachés de la Commission militaire. Juste après suivait péniblement le long cortège des prisonniers, attachés deux à deux avec une solide corde.
Les convois partaient de la Citadelle d'Angers et s'arrêtaient aux différentes prisons pour y prendre des détenus. Après avoir traversé la Maine, ils continuaient jusqu'à Avrillé où avaient lieu les exécutions.
Certains prisonniers marchaient en silence, d'autres récitaient leur chapelet ou chantaient des cantiques
Les adieux du Sieur Roch
Nous sommes le 12 janvier 1794. Le Sieur Roch, dans le cortège, interprète une Ode de sa composition.
Comme en témoigne un document des archives départementales du Maine et Loire (p 335 du livre de Jean-François Couet).
C'est ce texte que je vous propose, sous le titre "adieu".
Au coeur même des évènements les plus noirs de l'histoire, des hommes et des femmes se sont dressés pour alerter leurs contemporains et les générations à venir.
J'aime à penser parfois que le Sieur Roch aurait pu échapper à son triste sort mais qu'il a choisi, comme Jésus en son temps, d'assumer pour témoigner.